BR156 : on en est venus à boue
Désolé de vous casser le suspense avec ce petit jeu de mots, mais on n'a pas trouvé mieux pour résumer cette journée un peu épique. Mais commençons par le début.
Mardi 1er août, en fin d’après-midi, nous décidons de passer au Brésil. Les prévisions météo annoncent des averses de pluie allant crescendo jusqu’à jeudi, avant 2 jours secs. Impatients de découvrir le Brésil et un peu déprimés à l’idée de tourner en rond pendant 3 jours à St Georges, nous tentons notre chance. L'Oyapock sera notre Rubicon. Nous sommes rassurés dans notre choix par le douanier français qui nous apprend qu'un ami à lui est passé la veille sans même activer le mode 4x4 de sa voiture. Enthousiastes, nous empruntons le pont ouvert depuis quelques mois et coupons pour de bon le cordon avec la Mère Patrie. De l'autre côté, les douaniers brésiliens rechignent tout d'abord à laisser entrer un utilitaire, avant de constater qu'il est aménagé. Cependant, c'est la Receita Fédéral qui donnera l'ultime feu vert. Nous nous rendons tout d'abord à la Police Fédérale pour faire tamponner nos passeports, ce qui est réglé en 10 minutes. Il n'en faudra pas beaucoup plus à la Receita Fédéral pour nous octroyer l'autorisation de circuler, sans le moindre problème. L'esprit léger, nous pouvons donc fêter notre passage au Brésil et profiter d'Oiapoque qui est on ne peut plus animée que St Georges. Pour l'instant tout va bien.
Le réveil sonne à 5h30. Le temps de déjeuner, de nous préparer et de ranger soigneusement le camion, nous quittons Oiapoque à 6h45 dans un état d'esprit un peu commando. Après 1h de route, le bitume s'efface définitivement pour laisser place à la piste de latérite.
L'aventure commence. Les deux premières heures se passent sans trop de problèmes. Quelques portions de nids de poule mais dans l'ensemble la piste est sèche et un peu caillouteuse. On tourne autour des 20 km/h de moyenne, avec même des pointes inespérées à 40 km/h. Le paysage est légèrement vallonné et la forêt nous entoure. Tout va toujours bien.
Petit à petit l'humidité se fait plus présente au sol et les premiers passages boueux font leur apparition. Impressionnants, mais finalement pas très compliqués. On signerait tout de suite pour que ce soit comme ça toute la journée, et on se voit déjà à Macapa le soir.
Oui, mais non. Car nous sommes sur le point de réaliser que les festivités ont à peine commencé. En effet, nous arrivons rapidement devant une grande montée raide précédée d'une cuvette boueuse zébrée de profondes ornières. Nous nous lançons mais nous nous retrouvons dans des traces trop profondes pour nous. Impossible d'aller de l'avant. La marche arrière est également peu efficace, nous sommes échoués. Nous reculons tant bien que mal mais en voulant prendre les bonnes traces nous nous embourbons et Baluchon cale. On est coincés.
Coincés, mais pas seuls. Un camion attend en haut de la montée et un autre derrière nous. Un homme en chemise verte arrive également pour constater la situation. C'est son travail de gérer le trafic sur la piste. À son initiative, nous nous faisons tracter en arrière par le camion et retrouvons le sol ferme. Ce même camion s’élance alors à fond dans la piste (après nous avoir détachés bien sûr). Il glisse, il tangue, il patine, mais il passe. Technique efficace mais nous n'avons pas les moyens de passer en force. L'homme en vert monte alors dans son 4x4 et nous dit de le suivre. Nous nous exécutons. Lui passe facile, nous moins. Le moteur ronfle, les pneus patinent et nous on serre les fesses. Mais ça passe. La montée est certes raide mais sèche. On s'arrête en haut pour faire souffler hommes et machines.
Nous repartons après quelques minutes, croyant avoir fait le plus dur. Que nenni. Quelques centaines de mètres plus loin (donc environ un quart d'heure après), nouvelle difficulté. La zone boueuse est cette fois de 200 m environ. Nous nous garons sur le côté et allons examiner le tout de plus près. Le camion passé en force à la difficulté précédente est cette fois bien coincé dans les derniers mètres, ayant apparemment glissé des bonnes traces. Or il nous bloque le passage. Jéjé tente de l'aider à retrouver de l'adhérence mais c’est peine perdue. Il faut maintenant attendre un engin de chantier pour venir le tracter. Avis partagé par un autre camionneur qui nous a rejoints et qui parle un peu français. Jéjé retourne alors vers Baluchon et nous mangeons en attendant. Un homme en pantalon et mocassins vient discuter un peu en français et tente sa chance avec une petite voiture, assez sûr de lui. On est sceptiques et on fait bien : il s'embourbe avant le camion, bloquant définitivement le passage. Cela n’empêche pas les taxis 4x4 de se lancer dans le chemin, pour finalement créer un bouchon de presque 10 voitures. La situation nous semble assez compliquée et nos illusions d'arriver à Macapa le soir même se sont envolées. Mais contre toute attente (enfin surtout la nôtre), le premier 4x4 réussit à contourner les deux véhicules bloqués, à grands coups de volants et avec l’arrière qui chasse. Les 6 autres lui emboitent le pas, traçant une piste que peut emprunter la petite voiture. Retour à la situation de départ au moment où l'engin de chantier arrive. Il ne lui manque que le clairon. Le camion est dégagé sans problème, en tout cas de là où on est. L'engin revient alors vers nous en égalisant la boue grâce à une lame de type chasse-neige située entre les roues avant et arrière.
La situation s'éclaircit et lorsqu'il fait demi-tour, nous le suivons de près pour bénéficier d'un nouveau tamisage qui nous permet de passer bien plus facilement que ce qu'on imaginait. Après plus d'une heure d'attente, nous pouvons repartir.
Nous apprenons vite et les quelques passages boueux qui suivent ne nous arrêtent pas. Cela fait 4h que nous sommes sur la piste et nous avons fait à peine plus de la moitié du chemin. Celle-ci est un peu meilleure pendant une petite heure, très vallonnée avec quelques nids de poule sur les replats. Une grosse averse heureusement de courte durée nous donne juste le temps de nous faire du souci. Les deux dernières heures (donc les 25 derniers kilomètres) sont les plus éprouvants. Les nids de poule ont laissé la place à des nids d'autruche qui criblent la piste. Impossible de tous les éviter. Il faut rouler au pas. Les suspensions sont fatiguées, nous aussi. On a maintenant hâte que ça se termine. Au bout de 105 km nous guettons le goudron à chaque colline, à chaque virage. Toujours rien. C'est au bout de 110 km que nous touchons au but. Le bitume est enfin là, nous sommes soulagés. Il est 15h. Il nous aura fallu 7h15 pour parcourir les 110 km de piste de la BR156 et franchir ses 32 ponts (oui on les a comptés).
Après une pause photo-repos, nous avalons les 50 km de route neuve qui nous séparent de Calçoene avec un sentiment d'apesanteur.
Avant de nous écouler, nous nous arrêtons à la station essence pour nettoyer Baluchon. Il faudra plus d'une demi-heure pour enlever la boue sous le camion, glissée dans les moindres recoins et parfois déjà durcie. Fastidieux mais au combien nécessaire.
Après une nuit de repos très méritée, nous reprenons la route pour Macapa, que nous atteignons au bout de 5h (450 km). Nous nous rendons directement au port de Santana pour réserver notre bateau pour Santarem. Tout se goupille bien et nous passons la nuit dans l'enceinte sécurisée du port.
Nous passons la journée d’aujourd’hui à visiter Macapa et nous embarquons ce soir à 18h pour 36h de remontée de l'Amazone. Cela nous permettra de nous reposer et de profiter du fleuve, chose que nous n'avons pas encore eu le temps de faire avec la fatigue. A la prochaine !
ça c'est l'aventure ! Que de bons souvenirs et anecdotes à raconter !
RépondreSupprimerBon ça va que tout ce soit bien arrangé tout de même.
Vous êtes bien colorés, c'est le soleil ou la boue.
Heureusement que Laura a demandé quelques photos de vous deux
preuve que vous êtes bien sur les lieux, sinon on aurait pu un peu
douter. ça nous permet de ne pas vous perdre de vue....
On a l'impression de faire un tout petit peu parti du voyage..
C'est trop cool ce blog.
Profitez bien de chaque instant les "loulous".
A bientôt pour la suite de l'aventure avec vous.
Gros bisous. Mam et Pap
Que d'émotions sur cette piste ! Bravo pour le récit détaillé ! Cela donne l'impression de faire le voyage avec vous.
RépondreSupprimerC'est chouette de vous suivre et de vous voir !
Bisous
Anne-Marie et Bertrand
Les convois de l'extrême XD !!!!
RépondreSupprimerZézé il faut tailler la barbe pas la route <3