Bolivie : à peine entrés, déjà sortis
Bon on exagère un peu car on a quand même eu deux semaines pour parcourir une partie du pays. Mais en comparaison de nos séjours dans les pays précédents, et en considérant l'ensemble des choses à voir en Bolivie, ça nous a paru assez court.
Qui plus est, notre entrée en Bolivie a été plus que laborieuse. De San Pedro d'Atacama, nous avions décidé, ce dimanche 25 février, de monter sur Calama et de rejoindre le poste-frontière d'Ollagüe à 4400 m d'altitude. Mais en chemin, un claquement sec suivi du bruit aigu de la courroie accessoire nous force à nous arrêter. Le galet tenseur, qu'on avait déjà fait changer en Argentine, nous lâche de nouveau. On essaie de réparer comme on peut, mais rien à faire. On est à près de 4000 m au milieu du désert. À ma droite, le poste-frontière d'Ollagüe à 80 km. À ma gauche, Calama et ses 147 000 habitants à 130 km. Il est 19 h, le soleil vient de disparaitre sous l'horizon et un vent froid s'est levé. On est quittes pour passer la nuit-là.
Le lendemain, après 1h d'attente, on réussit à se faire prendre en stop par un camionneur bolivien qui nous dépose à Calama chez un ami tourneur. Celui-ci accepte de faire l'aller-retour avec son 4x4 pour un remorquage rock'n'roll avec une simple sangle, à 80 km/h. On a mis plus de temps pour monter la veille que pour redescendre tractés ce jour-là. Marco nous fabriquera finalement la pièce lui-même et avec l'aide de plusieurs amis mécanos appelés à la rescousse (et quelques vidéos Youtube en français), on réussit à retendre la courroie et à repartir le lendemain matin. Heureusement que cela ne nous est pas arrivé 24h plus tard dans le désert bolivien, nettement plus reculé.
Pour ceux qui n'ont pas suivi, cet itinéraire nous fait manquer la magnifique région bolivienne du Sud-Lipez, mais la route jusqu'à Uyuni nous offre encore une fois de magnifiques paysages andins. Et l'état chaotique de la route du Sud-Lipez qu'on nous a décrit a posteriori nous enlève définitivement tout regret.
Salar minimum
Mercredi 28 février, nous arrivons donc dans le village d'Uyuni, et le lendemain nous partons pour une journée d'excursion dans le salar éponyme. Saison des pluies oblige, le plus grand désert de sel du monde (entre 10 500 et 12 500 km2) est recouvert de 30 à 80 cm d'eau. Pas d'étendue blanche à perte de vue, mais un miroir liquide jusqu'à l'horizon ; de quoi avoir l'impression de marcher sur l'eau et l'occasion de capturer de superbes reflets. Un aperçu vraiment rapide et une mauvaise organisation qui nous a fait rater le coucher de soleil sur le site font que ça ne restera pas l'un des plus grands souvenirs du voyage, bien que le site en lui-même reste majestueux.
Potosi l'impériale, Sucre la constitutionnelle
Deux villes coloniales espagnoles dans la suite du programme, qui ont su conserver leur centre historique, très différent des villes coloniales portugaises au Brésil. La première a été la ville la plus peuplée du monde sous Charles Quint, grâce à l'exploitation des mines d'argent du Cerro Rico auquel elle est adossée, enrichissant considérablement l'Espagne aux XVIe et XVIIe siècles.
Toujours en activité, la mine constitue aujourd'hui l'un des principaux intérêts touristiques et la visite avec un ancien mineur s'est révélée passionnante. Pendant 3 h, nous avons arpenté les galeries, descendant jusqu'à 70 m sous terre, au rythme des explications et des anecdotes de notre guide Willy. Depuis le premier coup de pioche espagnol, 30 000 à 60 000 tonnes d'argent auraient été extraites du Cerro Rico, au prix de près de 8 millions de vies humaines (indigènes et esclaves noirs principalement). Aujourd'hui, les mineurs les plus exposés (ceux chargés de percer la roche) ne tiennent pas plus de 15 ans et meurent entre 30 et 40 ans. Enfin, si à l'époque le filon contenait jusqu'à 800 kg d'argent par tonne de roche, aujourd'hui un bon filon contient entre 8 et 15 ... grammes par tonne !
Autre visite intéressante, la Casa de la Moneda où l'on frappait la monnaie (en argent bien sûr) pour l'Espagne, puis pour la Bolivie jusqu'en 1951.
Perchée à 4090 m d'altitude (plus que La Paz), il nous a été difficile de quitter Potosi. Pas sentimentalement, mais mécaniquement. Le froid et le manque d'oxygène liés à l'altitude combinés à une bougie de préchauffage défaillante ont empêché Baluchon de démarrer au moment de partir. Il nous a fallu l'aide d'un mécano rencontré par hasard et 3h de prise de tête un samedi soir entre 17h et 20h pour réussir à faire tourner Baluchon, avec une technique qui ne doit pas être dans beaucoup de manuels de mécanique. Autant dire que la bougie a été changée au plus vite.
Sucre, quant à elle, vit dans l'ombre de La Paz. En effet, si cette dernière concentre aujourd'hui le siège du gouvernement et de l'administration, Sucre reste la capitale de la Bolivie d'après l'article 6 de la constitution bolivienne. Et autant dire qu'il est impossible d'échapper à cette information en se baladant dans les rues de la ville. Depuis l'élection d'Evo Morales, un indigène aymara à la présidence en 2005, Sucre la métisse et la bourgeoise représente le principal centre d'opposition au pouvoir.
Autre attraction, dans un tout autre genre, le Parc Crétacé, créé suite à la découverte de 5 000 empreintes fossilisées appartenant à 8 espèces différentes de dinosaures imprimées initialement sur le fond boueux d'un ancien lac, aujourd'hui une paroi de 1,5 km de long sur 150 m de haut. Ludique, pédagogique et divertissant.
Vertigineuses yungas
Les yungas, ou vallées, font la liaison entre l'Altiplano à 4000 m et le bassin amazonien à ... pas grand-chose. C'est une zone de transition géographique, naturelle et culturelle que nous avons pu découvrir entre Sucre et La Paz, et plus haut autour du village de Sorata. Des vallées escarpées et des pistes parfois à l'équilibre au-dessus du vide qui nous fait plonger dans cette Bolivie profonde, authentique, avec ses marchés animés et ses habitants en habits traditionnels. Et si les t-shirts du Barca et du PSG commencent à rivaliser au milieu des ponchos et des tissus colorés, le quechua est encore largement pratiqué aux dépens de l'espagnol.
La Paix des Andes
Embouteillée, surpeuplée, polluée... les a priori ne manquaient pas au moment de rejoindre en voiture la capitale la plus haute du monde, étagée entre 3 200 m et 4 000 m. Si le trafic est effectivement plus que dense, nous avons été agréablement surpris par La Paz, impressionnés par ses banlieues escarpées de briques rouges qui encadrent à 360 degrés et sur 800 m de dénivelé un centre-ville au fond de la vallée qui parait bien petit malgré ses grands immeubles. Pendant les deux jours que nous avons passé sur place (où, à notre grande surprise, le temps a été très beau), nous avons arpenté le centre-ville, visité le musée d'ethnographie et celui des instruments de musique et chiné dans le quartier des artisans, avec un crochet par la Vallée de la Lune (la 3e depuis le début du voyage) aux abords de la ville.
Horloge tournant en sens inverse (en réalité, sens du cadran solaire dans l'hémisphère sud) afin de dénoncer que les grands standards correspondent souvent à la réalité de l'hémisphère nord.
Titicaca, berceau agité de grandes civilisations
Nous finissons notre séjour en Bolivie par une étape mythique : le lac Titicaca, plus haut lac navigable du monde (15 fois le lac Leman à 3800 m d'altitude). Notre excursion sur l'Isla del Sol a cependant été annulée pour cause de ... tornade. Aucun problème, on se rattrapera de l'autre côté, au Pérou.
Avant de rejoindre les rives du lac, nous avons visité le site archéologique de Tiwanaku, classé au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. La civilisation tiwanacota a prospéré dans les alentours du lac Titicaca du VIIIe au XIIe siècle. Fins astronomes, métallurgistes et agronomes, ils ont cependant souffert de changements climatiques qui ont entrainé leur dispersion jusqu'au sud du Pérou et au nord de l'Argentine. Il est possible que les Incas soient les descendants de l'un des groupes de cette diaspora.
Mar para Bolivia : la mer pour la Bolivie
C'est le slogan que nous avons vu dans tout le pays, symbolisé par un drapeau bolivien et inca sur fond bleu. En effet, la Bolivie est sur le point d'entamer une procédure auprès de la Cour Internationale de Justice de La Haye pour que le Chili rétrocède en partie le territoire qu'il a gagné sur la Bolivie après la guerre du Pacifique (1879-1884), privant cette dernière de tout accès à la mer.Ca a fait l'actu même en France (article de Challenges). Affaire à suivre.
Notre passage en Bolivie aura été court mais intense, et un véritable plaisir. Les paysages, les marchés, la gentillesse des gens ... de quoi donner envie de revenir (en saison sèche !). Durant ces quinze jours nous avons néanmoins franchi deux étapes importantes : la barre des 40 000 km de voyage (le tour de la Terre, rien que ça), distance qu'on pensait atteindre à la fin de notre voyage (oups) et les 50 jours de voyage restants. Le compte à rebours est plus que jamais enclenché, et il y a fort à parier que le programme qui nous attend au Pérou va l'accélérer.
Champs de quinoa. Apéro bolivien.
Entrera, entrera pas ?
Le lendemain, après 1h d'attente, on réussit à se faire prendre en stop par un camionneur bolivien qui nous dépose à Calama chez un ami tourneur. Celui-ci accepte de faire l'aller-retour avec son 4x4 pour un remorquage rock'n'roll avec une simple sangle, à 80 km/h. On a mis plus de temps pour monter la veille que pour redescendre tractés ce jour-là. Marco nous fabriquera finalement la pièce lui-même et avec l'aide de plusieurs amis mécanos appelés à la rescousse (et quelques vidéos Youtube en français), on réussit à retendre la courroie et à repartir le lendemain matin. Heureusement que cela ne nous est pas arrivé 24h plus tard dans le désert bolivien, nettement plus reculé.
Pour ceux qui n'ont pas suivi, cet itinéraire nous fait manquer la magnifique région bolivienne du Sud-Lipez, mais la route jusqu'à Uyuni nous offre encore une fois de magnifiques paysages andins. Et l'état chaotique de la route du Sud-Lipez qu'on nous a décrit a posteriori nous enlève définitivement tout regret.
Salar minimum
Mercredi 28 février, nous arrivons donc dans le village d'Uyuni, et le lendemain nous partons pour une journée d'excursion dans le salar éponyme. Saison des pluies oblige, le plus grand désert de sel du monde (entre 10 500 et 12 500 km2) est recouvert de 30 à 80 cm d'eau. Pas d'étendue blanche à perte de vue, mais un miroir liquide jusqu'à l'horizon ; de quoi avoir l'impression de marcher sur l'eau et l'occasion de capturer de superbes reflets. Un aperçu vraiment rapide et une mauvaise organisation qui nous a fait rater le coucher de soleil sur le site font que ça ne restera pas l'un des plus grands souvenirs du voyage, bien que le site en lui-même reste majestueux.
Cimetière des trains
Sur le marché d'Uyuni
Potosi l'impériale, Sucre la constitutionnelle
Deux villes coloniales espagnoles dans la suite du programme, qui ont su conserver leur centre historique, très différent des villes coloniales portugaises au Brésil. La première a été la ville la plus peuplée du monde sous Charles Quint, grâce à l'exploitation des mines d'argent du Cerro Rico auquel elle est adossée, enrichissant considérablement l'Espagne aux XVIe et XVIIe siècles.
Potosi
Toujours en activité, la mine constitue aujourd'hui l'un des principaux intérêts touristiques et la visite avec un ancien mineur s'est révélée passionnante. Pendant 3 h, nous avons arpenté les galeries, descendant jusqu'à 70 m sous terre, au rythme des explications et des anecdotes de notre guide Willy. Depuis le premier coup de pioche espagnol, 30 000 à 60 000 tonnes d'argent auraient été extraites du Cerro Rico, au prix de près de 8 millions de vies humaines (indigènes et esclaves noirs principalement). Aujourd'hui, les mineurs les plus exposés (ceux chargés de percer la roche) ne tiennent pas plus de 15 ans et meurent entre 30 et 40 ans. Enfin, si à l'époque le filon contenait jusqu'à 800 kg d'argent par tonne de roche, aujourd'hui un bon filon contient entre 8 et 15 ... grammes par tonne !
El Tío, protecteur des mineurs, après une séance d'offrande.
Autre visite intéressante, la Casa de la Moneda où l'on frappait la monnaie (en argent bien sûr) pour l'Espagne, puis pour la Bolivie jusqu'en 1951.
Perchée à 4090 m d'altitude (plus que La Paz), il nous a été difficile de quitter Potosi. Pas sentimentalement, mais mécaniquement. Le froid et le manque d'oxygène liés à l'altitude combinés à une bougie de préchauffage défaillante ont empêché Baluchon de démarrer au moment de partir. Il nous a fallu l'aide d'un mécano rencontré par hasard et 3h de prise de tête un samedi soir entre 17h et 20h pour réussir à faire tourner Baluchon, avec une technique qui ne doit pas être dans beaucoup de manuels de mécanique. Autant dire que la bougie a été changée au plus vite.
Sucre, quant à elle, vit dans l'ombre de La Paz. En effet, si cette dernière concentre aujourd'hui le siège du gouvernement et de l'administration, Sucre reste la capitale de la Bolivie d'après l'article 6 de la constitution bolivienne. Et autant dire qu'il est impossible d'échapper à cette information en se baladant dans les rues de la ville. Depuis l'élection d'Evo Morales, un indigène aymara à la présidence en 2005, Sucre la métisse et la bourgeoise représente le principal centre d'opposition au pouvoir.
Autre attraction, dans un tout autre genre, le Parc Crétacé, créé suite à la découverte de 5 000 empreintes fossilisées appartenant à 8 espèces différentes de dinosaures imprimées initialement sur le fond boueux d'un ancien lac, aujourd'hui une paroi de 1,5 km de long sur 150 m de haut. Ludique, pédagogique et divertissant.
Paroi contenant les traces de dinosaures.
Vertigineuses yungas
Les yungas, ou vallées, font la liaison entre l'Altiplano à 4000 m et le bassin amazonien à ... pas grand-chose. C'est une zone de transition géographique, naturelle et culturelle que nous avons pu découvrir entre Sucre et La Paz, et plus haut autour du village de Sorata. Des vallées escarpées et des pistes parfois à l'équilibre au-dessus du vide qui nous fait plonger dans cette Bolivie profonde, authentique, avec ses marchés animés et ses habitants en habits traditionnels. Et si les t-shirts du Barca et du PSG commencent à rivaliser au milieu des ponchos et des tissus colorés, le quechua est encore largement pratiqué aux dépens de l'espagnol.
Feuilles de coca.
Sur le marché de Tarabuco.
Vallée de Sorata.
La Paix des Andes
Embouteillée, surpeuplée, polluée... les a priori ne manquaient pas au moment de rejoindre en voiture la capitale la plus haute du monde, étagée entre 3 200 m et 4 000 m. Si le trafic est effectivement plus que dense, nous avons été agréablement surpris par La Paz, impressionnés par ses banlieues escarpées de briques rouges qui encadrent à 360 degrés et sur 800 m de dénivelé un centre-ville au fond de la vallée qui parait bien petit malgré ses grands immeubles. Pendant les deux jours que nous avons passé sur place (où, à notre grande surprise, le temps a été très beau), nous avons arpenté le centre-ville, visité le musée d'ethnographie et celui des instruments de musique et chiné dans le quartier des artisans, avec un crochet par la Vallée de la Lune (la 3e depuis le début du voyage) aux abords de la ville.
Horloge tournant en sens inverse (en réalité, sens du cadran solaire dans l'hémisphère sud) afin de dénoncer que les grands standards correspondent souvent à la réalité de l'hémisphère nord.
Vallée de la Lune.
Titicaca, berceau agité de grandes civilisations
Nous finissons notre séjour en Bolivie par une étape mythique : le lac Titicaca, plus haut lac navigable du monde (15 fois le lac Leman à 3800 m d'altitude). Notre excursion sur l'Isla del Sol a cependant été annulée pour cause de ... tornade. Aucun problème, on se rattrapera de l'autre côté, au Pérou.
Traversée du chenal en barge de fortune.
La tornade
Le fils et la fille du soleil, nés des eaux du Lac.
Avant de rejoindre les rives du lac, nous avons visité le site archéologique de Tiwanaku, classé au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. La civilisation tiwanacota a prospéré dans les alentours du lac Titicaca du VIIIe au XIIe siècle. Fins astronomes, métallurgistes et agronomes, ils ont cependant souffert de changements climatiques qui ont entrainé leur dispersion jusqu'au sud du Pérou et au nord de l'Argentine. Il est possible que les Incas soient les descendants de l'un des groupes de cette diaspora.
Mar para Bolivia : la mer pour la Bolivie
C'est le slogan que nous avons vu dans tout le pays, symbolisé par un drapeau bolivien et inca sur fond bleu. En effet, la Bolivie est sur le point d'entamer une procédure auprès de la Cour Internationale de Justice de La Haye pour que le Chili rétrocède en partie le territoire qu'il a gagné sur la Bolivie après la guerre du Pacifique (1879-1884), privant cette dernière de tout accès à la mer.Ca a fait l'actu même en France (article de Challenges). Affaire à suivre.
Notre passage en Bolivie aura été court mais intense, et un véritable plaisir. Les paysages, les marchés, la gentillesse des gens ... de quoi donner envie de revenir (en saison sèche !). Durant ces quinze jours nous avons néanmoins franchi deux étapes importantes : la barre des 40 000 km de voyage (le tour de la Terre, rien que ça), distance qu'on pensait atteindre à la fin de notre voyage (oups) et les 50 jours de voyage restants. Le compte à rebours est plus que jamais enclenché, et il y a fort à parier que le programme qui nous attend au Pérou va l'accélérer.
Sur la route ...
Poste de controle avec barrière très personnelle.
Champs de quinoa. Apéro bolivien.
Passage à gué particulièrement délicat.
Nos deux auto-stoppeurs favoris.
Fumerolles du volcan Ollagüe
La visite de la mine devait être une expérience dingue. Vous avez bonne mine sur les photos. Baluchon aussi. Ca doit être l'apéro ça. Des bisous
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