A la découverte des trésors cachés du Nord-Pérou

Nous poursuivons notre route au nord vers notre destination finale. Après notre randonnée dans la Cordillère Blanche, nous pénétrons dans une région où les touristes se font de moins en moins nombreux. Pourtant, cette partie du Pérou regorge de sites archéologiques parfois millénaires laissés par des civilisations disparues. En effet, si les Incas sont les plus connus, c'est probablement pour avoir créé l'empire le plus grand, le plus puissant et le plus organisé d'Amérique du Sud ainsi que pour avoir été le plus en contact avec les Espagnols. Mais leur domination ne dura jamais que deux siècles. Après les civilisations Nazca et Lima plus au sud, nous partons donc à la découverte d'autres peuples ayant laissé leur empreinte dans les montagnes ou au cœur du désert péruviens, parfois de façon spectaculaire.

Première étape près de la ville de Trujillo. C'est dans cette région aride coincée entre la mer et la montagne que s'est développée la civilisation chimú. En particulier, ce sont les ruines de la cité de Chan Chan qu'il nous a été permis de visiter. Élevée entre 850 et 1400 ap. J.C., la cité comptait à son apogée près de 30 000 personnes sur une superficie de 20 km2. On considère qu'il s'agit de la plus grande cité en adobe qui n'ait jamais été construite sur le continent. Aujourd'hui, seuls les vestiges de la forteresse érigée par l'un des leaders de la cité ont été mis à jour, dans laquelle se trouvait des habitations, des ateliers, des places cérémonielles, un réservoir d'eau potable et un cimetière. La particularité de la civilisation chimú est d'avoir été principalement orientée vers la mer, comme le montre les nombreux bas-reliefs figurants poissons, pélicans et loutres de mer. Derrière ses imposantes murailles trapézoïdales découvrant une autre technique antisismique, on déambule dans un labyrinthe de ruelles aux murs percés de losanges pour faciliter l'aération. Une visite avec un guide passionné et passionnant. Pour la petite histoire, les Chimú se sont alliés aux Espagnols dans la lutte contre les Incas (qui les avaient soumis quelques années plus tôt), mais uniquement en tant que guides, sans prendre part aux premiers combats, perdus par les Espagnols (pas c*** les mecs). Quant au musée attenant, il nous a permis de découvrir, entre autres, une statuette bien étrange qui nous disait quelque chose. Et vous, saurez-vous la reconnaitre ?








"Petit cheval de roseau", embarcation toujours utilisée de nos jours par les pêcheurs

A une heure et demie plus au nord, place cette fois-ci au site El Brujo, que l'on doit à la civilisation moche (pour les petits comiques, ça se prononce "motché"). Les Moches ont eux dominé la région entre 100 et 700 ap. J.C. Le site d'El Brujo est un centre cérémoniel comportant 5 niveaux. A chaque changement de souverain, on nivelait et on construisait par-dessus. Outre des bas-reliefs polychromes de plusieurs mètres de long, c'est au cœur de cette montagne d'adobe qu'ont été exhumés les restes de la Dame de Cao. Minutieusement enroulée dans de nombreuses couches de tissu contenant chacune bijoux et parures, sa peau est parfaitement conservée grâce au sulfure de mercure dont elle avait été recouverte à sa mort. Cela a notamment permis de conserver les mystérieux tatouages de ses membres supérieurs, un cas unique. Probablement une importante prêtresse en son temps, sa découverte en 2006 a fait sensation. La visite du musée permet de découvrir ce que pouvait être le quotidien et les traditions des Moches, avec en point d'orgue la rencontre avec la Dame de Cao : d'abord en l'état puis en "vrai" après un travail de reconstruction faciale stupéfiant.

Reconstitution du visage de la Dame de Cao.





Un "petit" crochet de 600 km et 3 jours de trajet (et quel trajet ! Voyez vous-mêmes les photos) dans l'arrière arrière arrière pays péruvien nous a permis de nous enfoncer au cœur des montagnes du nord et même de basculer du côté est de la Cordillère, le côté amazonien. Pas de moustiques ou de jaguar car nous sommes restés à plus de 2000 m d'altitude. C'est ici, au sommet d'une crête offrant une vue à 360 degrés, que les Indiens Chachapoyas, les "Guerriers des Nuages" y ont édifié leur cité principale. Considéré par certains comme le Machu Picchu du nord, le site de Kuélap n'a cependant été classé Monument Historique National que dans les années 2000, "en urgence" aux vues des risques de dégradations. Paradoxal quand on sait que le complexe a été découvert plus de 50 ans avant le Machu Picchu. Construit à partir du XIème siècle, ces imposantes murailles ont longtemps fait penser aux archéologues qu'il s'agissait d'une forteresse. Les dernières découvertes montrent que ces murs sont en fait une œuvre titanesque de terrassement afin d'augmenter la surface plane de la cité. Cela a permis l'installation de plusieurs milliers de personnes dans de petites maisons rondes typiques des Chachapoyas. Autre particularité fascinante, l'entrée principale de 20 mètres de long permet le passage de 3 personnes côte-à-côte au début mais se réduit progressivement pour ne laisser finalement passer qu'une seule personne. Pratique pour contrôler le flux de personnes (et de lamas). Notre seul regret est d'avoir dû effectuer la visite sans guide, ce qui nous a donné l'impression de passer à côté de beaucoup de choses. Ah oui, on oubliait le plus étonnant : afin de faciliter l'accès au site (perché à 3000 m) pour augmenter sa fréquentation très faible (ce qu'on a apprécié personnellement), un consortium franco-péruvien a mis en place un vertigineux téléphérique de 4 km de long. De quoi donner de belles sensations lors de la traversée de la vallée.



En route vers Kuélap...







Temple principal en cône inversé.



Enfin, nous avons décidé de conclure nos visites au Pérou par le magnifique Musée des Tombes Royales de Sipan à Lambayeque, de nouveau en bord de mer. Toujours affilié à la culture moche, ce musée est le meilleur que nous ayons fait de tout notre voyage. Il a été créé en 2002 suite à la découverte dans les années 1980 du site archéologique dans le village de Sipan, constitué de 2 pyramides tronquées et d'un cimetière. Seul ce dernier a été en partie fouillé, et seules 16 tombes ont pour l'instant été mises à jour, parmi lesquelles celle de l'Homme de Sipan, qu'on suppose être un leader ayant régné autour du IIIème siècle. La magnificence des bijoux et la finesse des poteries retrouvés dans sa tombe sont à couper le souffle pour l'époque (d'autant plus que ce sont tous des originaux), le tout superbement mis en valeur et agrémenté de reconstitutions qui font revivre les personnages importants de l'époque. Les photos étant interdites à l'intérieur, on est allés vous en chercher quelques unes sur Internet.




Ornement de protection pectorale.

Parure frontale d'une couronne.

Tombe du Seigneur de Sipan.

Boucle d'oreille en or et turquoise de 40 grammes et 5 cm de diamètre.

Collier.

Reconstitution animée.

En terminant cette exploration du riche passé péruvien, et alors que les kilomètres défilent vers la frontière équatorienne, deux points communs particuliers entre toutes ces civilisations émergent de cette semaine : d'abord, si ces peuples ont perdu de leurs fastes et de leur grandeur, la plupart disposent encore aujourd'hui de représentants directs au sein de la population péruvienne. Les petits villages situés aux abords des sites archéologiques sont habités par les descendants de ces civilisations, ce qui donne un écho formidable à toute visite. De plus, tous les sites que nous avons visités et tous les musées adjacents ne présentent le résultat de fouilles pratiquées que sur une infime partie des sites. La cité de Chan Chan comptait 20km2, seul un temple a été en grande partie fouillé. Kuélap n'est scientifiquement étudié que depuis le début des années 2000. Seuls 10 % de la pyramide d'El Brujo ont été fouillés et le site de Sipan n'a livré tant de merveilles que dans 16 tombes d'un cimetière de 7 niveaux, sans avoir encore mis le moindre coup de pioche dans les pyramides attenantes. Ces deux sites moches, ainsi que quelques autres (on n'a pas tout visité non plus) ne sont que la partie émergée de l'iceberg : on estime qu'il y aurait environ 250 pyramides moches dans la région. Combien de merveilles attendent encore d'être révélées au monde et combien de siècles devront-elles encore attendre ? 

Vue depuis le sommet du site El Brujo sur une pyramide inexplorée 
qui recèle certainement d'autres grands mystères.


Commentaires

  1. Encore et toujours de belles sensations et images qui ont dues vous
    ravir et qui nous font un peu rêver aussi. Merci pour ce partage.

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  2. Magnifiques tous ces vestiges, ces témoignages et mystères laissés par des civilisations d'un autre temps. Ca laisse songeurs !

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  3. Y'en a une on dirait des babouches de géants ! Lol

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