Ascension du volcan Villarica
Nom espagnol : Villarica
Nom mapuche : Ruka pillañ (la maison de l'Esprit)
Altitude : 2847 m
Dernière éruption : 3 mars 2015
On repart pour une deuxième tranche d'ascension de 45 minutes, toujours lentement. À croire que ce n'est pas lent pour tout le monde car les guides font passer devant deux filles qui s'arrêtent tous les 5 pas et cassent le rythme de tout le groupe. La pente est raide mais les guides dessinent de grands lacets dans la neige. Le regard plongé dans les talons du précédent, on monte presque sans s'en rendre compte. En contre-bas, les autres groupes ressemblent à une multitude de petites chenilles serpentant le long du versant.
Nom mapuche : Ruka pillañ (la maison de l'Esprit)
Altitude : 2847 m
Dernière éruption : 3 mars 2015
Le réveil sonne à 4h45. On replie le lit et on s'habille mécaniquement en finissant de se réveiller. C'est la première fois qu'on se lève aussi tôt depuis le début du voyage. Notre journée commence alors que celle de la petite ville touristique animée de Pucón se termine à peine. On prend un petit-dej' copieux pour l'occasion malgré l'heure avancée : double ration de muesli aux fruits secs, tartines de miel, thé et jus de fruit. Une fois l'estomac bien calé on attrape nos affaires préparées la veille au soir et après une dernière vérification on part à pied en direction de l'agence Aguaventura. Dehors, le volcan est encore enveloppé dans l'obscurité de la nuit.
Nous sommes les premiers à entrer dans le local de l'agence tenue par deux français. Une vingtaine de sacs sont alignés le long des bancs. Ils contiennent tout l'équipement nécessaire pour la montée et pour la descente : grosses chaussures, crampons, guêtres, veste et pantalon imperméables, casque, masque à gaz... On récupère les nôtres et on y transfère l'eau et les pique-niques. Pendant qu'on enfile guêtres et chaussures d'autres personnes arrivent. Plusieurs guides sont aussi là pour aider. Il y a une petite incertitude concernant la météo : le vent s'est légèrement levé dans la vallée et il faudra confirmer une fois au pied du volcan si l'ascension est possible ou non.
Deux minibus nous attendent dehors et après 45 minutes de piste parfois un peu chaotique, on arrive au pied du volcan où l'on apprend que les Rangers du Parc ont donné le feu vert pour l'ascension. En revanche, l'ouverture du télésiège qui permet de gagner 400 m de dénivelé et 1 h d'effort n'est pas encore garantie. On patiente tandis que ceux qui souhaitent partir à pied s'élancent sous les pylônes. De notre côté, incertains sur le niveau de difficulté, on préfère assurer le coup. Les groupes commencent à s'accumuler au départ de la remontée mécanique. On savait qu'on allait pas être seuls, on en a la confirmation. Dans notre dos, l'ombre de Villarica est encore étendue sur le paysage.
Une voie grésille dans un talkie, les guides s'agitent : le télésiège est opérationnel. Nous sommes d'ailleurs les deux premiers à y monter. Avec nos sacs à dos de 8 kg et nos grosses chaussures, le départ et l'arrivée sont un peu acrobatiques car le télésiège chilien ne s'embarrasse pas d'un ralentisseur... et encore moins d'un garde-corps ! Le soleil se lève petit à petit mais nous sommes encore dans l'ombre du volcan. Une fois le groupe reformé en haut, les guides nous distribuent un piolet et après une petite explication technique des bases de la randonnée sur neige, nous voilà partis pour 1000 m de dénivelé.
Le rythme imprimé par le guide en tête de file est assez lent. On monte tranquillement pendant trois quarts d'heure, le temps de nous habituer aux chaussures, au piolet, au sac et à la neige. Une première pause au soleil nous permet d'enlever une couche, de grignoter quelques fruits secs et de prendre quelques photos de la vue.
Le troisième arrêt est un peu plus long. La portion suivante est sujette à des chutes de pierre, il sera impossible de s'y arrêter. Cela fait deux heures qu'on monte, on est à mi-parcours et on n'a toujours pas l'impression de forcer.
Notre groupe de 18 s'est peu à peu décanté au cours de la montée, et nous ne sommes maintenant plus que 6 à suivre un des guides qui, pour notre plus grand plaisir, a pris un rythme un peu plus rapide. Après une nouvelle heure d'ascension on pose nos sacs sur un affleurement rocheux où est déjà postée une dizaine de groupes. La montée finale se fera sans le sac, mais avec le masque à gaz autour du cou. On crapahute maintenant sur les roches volcaniques râpeuses et instables d'un pas maladroit après 3h30 de marche dans la neige meuble.
Au bout de 20 minutes, on atteint le sommet. Un cirque sans fond de 200 m de diamètre se révèle face à nous. Une palette de couleurs inattendue allant du vert foncé à l'ocre en passant par le jaune teinte les roches capricieuses. À intervalle régulier, un nuage de fumée claire s'échappe du milieu du cirque. Le géant respire. Masque sur le nez, on approche d'un pas hésitant et on tend le cou pour espérer voir de la lave bouillonner au fond du cratère. Mais Villarica semble trop calme pour cela en ce moment.
La vue sur les environs est magnifique. Le soleil brillant et le ciel bleu offrent une luminosité exceptionnelle sur un panorama de lacs et d'autres volcans de la Cordillère aux cimes enneigées ; l'occasion pour nous de revoir le volcan Lanín, du côté chilien cette fois.
Après un bon quart d'heure, il nous faut redescendre pour laisser la place aux groupes qui arrivent. Oui, c'est un peu l'usine il faut bien le reconnaître. Plusieurs centaines de personnes graviront le volcan comme nous aujourd'hui.
Après un bon pique-nique, place à la descente. C'est à partir de maintenant que l'ensemble imperméable sera utile car celle-ci s'effectuera... en luge !
Une grosse heure de descente sur une luge en forme de pelle à dévaler la pente dans des rigoles plus ou moins bien creusées, avec le piolet pour seul gouvernail et frein. Une sacrée tranche de rigolade et quelques bonnes bouchées de neige pour une descente évidemment trop courte. La belle saison étant déjà bien entamée, on doit finir à pied pour rejoindre le minibus et une demi-heure plus tard, on est de retour à l'agence. Il est 15h. Cerise sur le gâteau, on est invité à monter sur le toit terrasse pour déguster une bière rafraichissante avec la vue sur le volcan. La façon idéale de clôturer cette super excursion qui n'aura finalement pas été aussi difficile que prévu.
Nous avons passé le reste de l'après-midi à nous reposer après avoir pris une douche dehors près d'une jolie rivière, ce qui ne nous était pas arrivé depuis longtemps. Et pour caler deux estomacs bien vides après une telle journée, rien de tel qu'un bon lomo a la pobre (longe de porc avec frites, oignons caramélisés et un œuf au plat par-dessus). Ce n'est pas encore ce soir qu'on sortira à Pucón.
J ai l impression d avoir fait l'excursion avec vous , merci de nous écrire vos histoires.
RépondreSupprimerFaire de la luge au Chili ... Quelle expérience incroyable encore ! Sans les photos à l'appui, je vous aurais répondu "Arrêêête te fiche ma gueuule !"
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