Ile de Chiloé : parenthèse tranquilité
Après avoir emprunté le passage Cardenal Samoré (rien à voir avec le fromage il paraît...), nous avons été accueillis (en plus de la douane chilienne) par la pluie. Une pluie abondante qu'on avait presque oubliée depuis notre dernière rencontre avec elle à Foz de Iguaçu. Aportée par les vents puissants du Pacifique, elle se déverse ici à raison de plusieurs mètres par an, incapable de franchir la barrière naturelle formée par la Cordillère des Andes. En conséquence, les paysages de la Patagonie chilienne sont radicalement différents de ceux de l'Argentine, et ce dès que l'on bascule de l'autre côté des Andes. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés à déambuler dans une dense forêt de fougères, de rhubarbes géantes, de quila (famille du bambou) dont le taux d'humidité n'a rien à envier à la forêt guyanaise. Après une ascension jusqu'au pied du volcan Puyehue en compagnie de paysans chiliens menant leurs vaches en alpage, nous avons rejoint la Panaméricaine pour aller vers le sud et rejoindre l'île de Chiloé.
On ne saurait trop vous expliquer pourquoi, mais Chiloé nous semble faire partie de ces noms évocateurs au parfum d'aventure, d'exploration de terres mystérieuses et de mers dangereuses, et de chasse à la baleine, au même titre que le Cap Horn, le Détroit de Magellan, Punta Arenas ou, plus haut, Valparaíso. Mais on était prévenus : Chiloé, c'est moins de 60 jours de soleil par an. Du coup, on a décidé d'y passer le réveillon du Nouvel An, en espérant attraper les derniers jours de soleil de 2017 et les premiers de 2018. Et le pire, c'est que ça a marché (amis de la statistique absurde, bonsoir !).
On savait aussi que Chiloé n'offrait rien de comparable en matière de paysages à ce qu'on venait de vivre en Argentine. De petites baies lovées aux creux de douces collines, un littoral capricieux de falaises et de plages sculpté par un océan qui ici n'a pas grand-chose de pacifique, des moutons, de la pluie, et des petites églises entourées de maisons colorées. Par moment, il y a de quoi se croire en Bretagne ou en Irlande (mais sans le far ni la Guinness).
Pourtant, sans qu'on s'en rende compte, Chiloé nous a conquis. Par ses paysages et sa météo clémente pour nous certes, mais surtout par le sentiment de tranquillité qui se dégage de l'atmosphère chilote. La vie s'écoule paisiblement, simplement, et apporte un certain apaisement très agréable. Nous avons donc pris le temps. Pris le temps de visiter la pingüinera pour voir nos premiers manchots de Humboldt ; de flâner sur la péninsule de Lacuy ; de se balader dans le Parc National de Chiloé ; de faire le tour des petites églises typiques classées au Patrimoine Mondial de l'Humanité. De goûter le curanto (énorme plat de moules et palourdes surmontées de saucisses, de poulet et de pommes de terre), le carapacho (préparation de crabe servie dans la coquille), la carbonada (bouillon de légumes avec moules et morceaux de saumon) ou encore la cazuela de vacuno (idem mais avec du veau plutôt que des fruits de mer).
Manchots de Humboldt
Maisons sur pilotis (ou non) de Castro
Chonchi
Eglise de Rilán
Eglise d'Achao
Curanto
Et le Nouvel An alors ? Tranquille aussi ? Hmm... pas vraiment ! A déambuler sur l'île à la recherche d'un quelconque évènement, nous avons fini dans un pub dans le village de Chonchi. Une fête "pour la famille" où nous étions les bienvenus si nous le souhaitions. Nous nous sommes ainsi retrouvés à passer la soirée avec des travailleurs maritimes de Punta Arenas, accueillis par une patronne italienne fille d'immigrés, pour finir à 5h du matin avec son fils en boîte. Bref, un super réveillon !
Le temps de s'en remettre et de faire réparer un soufflet de direction déchiré, nous voilà repartis de nouveau vers le nord. En ligne de mire, dans un petit mois, Santiago du Chili.


Jéjé bravo pour tes talents d'écriture ! Tes articles sont toujours un plaisir à lire.
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